La liberté sur Internet est en recul en France et dans le monde

INFOGRAPHIE – Les mesures de contrôle du Web prises après les attentats de janvier expliquent la rétrogradation française, selon l’ONG Freedom House.

La liberté d’accès à Internet a reculé pour la cinquième année consécutive dans le monde, selon un rapport publié mercredi par l’ONG Freedom House. La liberté d’expression sur Internet a reculé dans 32 des 65 pays étudiés par l’ONG depuis juin 2014, l’ensemble de ce panel représentant 88% des utilisateurs d’Internet au niveau mondial. À ce jour, plus de 3 milliards de personnes ont accès à Internet dans le monde.

Pourquoi la liberté sur Internet recule dans le monde?

Pour l’organisation, trois principaux phénomènes sont à l’origine de ce constat: d’abord, la hausse des retraits de contenus. Dans 42 pays (contre 37 l’an passé), les autorités ont demandé aux entreprises privées et aux internautes de restreindre l’accès, voire de supprimer des contenus à travers des groupes comme Alphabet (ex-Google), Facebook ou TwitterLes arrestations et les intimidations sont aussi en hausse : 40 pays (contre 38 en 2014) ont emprisonné leurs citoyens pour avoir partagé en ligne des contenus portant sur des sujets politiques, sociaux ou religieux. Parallèlement, «les lois de surveillance» se multiplient, souligne encore Freedom House: «14 gouvernements sur 65 ont adopté de nouvelles lois pour accroître la surveillance du Net depuis juin 2014 et renforcé leur équipement de surveillance».

Quels sont les différents types de contenus censurés?

Parmi les sujets censurés, on retrouve les propos critiquant le pouvoir en place (47 pays). C’est notamment le cas en Thaïlande, où des milliers de sites Internet culturels (poésie, pièces de théâtre, radio en ligne, etc.) ont été fermés. Des gouvernements ont aussi tenté d’étouffer des accusations de corruption(28) et de censurer les opposants politiques (23) en bloquant des blogs et des pages sur les réseaux sociaux. Idem sur les sujets traités de manière satirique. Un Iranien a ainsi été condamné à 12 ans de prison pour avoir posté en ligne une caricature des membres du Parlement. En outre, 21 pays ont censuré des contenus portant atteinte à la religion et 16 ont empêché des mobilisations en ligne (appel à manifester, pétitions, etc.).

Quels sont les pays où l’on surfe le plus librement?

L’ONG a classé les 65 pays qu’elle a étudiés en trois catégories, leur attribuant à chacun un score: 0 désignant le plus haut degré de liberté et 100 le plus faible. Pour les classer, l’ONG s’est penchée sur trois critères: l’accès à Internet, la censure des contenus et les violations des droits des internautes. Les pays considérés comme «libres» cumulent entre 0 et 30 points (en vert sur l’infographie), les «partiellement libres» affichent entre 31 et 60 points (en violet). Les pays «non-libres» sont entre 61 et 100 points (en rouge). Après analyse, 18 pays sont considérés comme «libres», 29 entrent dans la catégorie des «partiellement libres» et 19 ne sont pas considérés comme libres.

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Dans le détail, la Chine affiche le plus mauvais score de la liste (88), devant la Syrie et l’Iran ex aequo (87 points). S’appuyant sur un arsenal législatif très contraignantla République populaire de Chine est connue pour surveiller la toile de très près: elle bloque régulièrement le contenu des sites Internet, qu’elle juge moralement et politiquement nuisibles. À l’inverse, c’est en Islande où l’on surfe le plus librement. Le pays, qui arrive en tête de ce classement avec 6 points, «continue d’avoir l’un des taux d’accès à Internet les plus élevés au monde (98% de la population) et a présenté ces derniers mois des projets de loi en faveur des internautes», souligne l’ONG. Viennent ensuite l’Estonie, le Canada, l’Allemagne, l’Australie, les États-Unis, le Japon et l’Italie.

Pourquoi la France est-elle épinglée?

La France figure à la douzième place des 18 pays classés «libres» avec 24 points, en recul par rapport à 2014 (20 points). «La position de la France a baissé principalement à cause de politiques adoptées après les attaques terroristes de Charlie Hebdo» en janvier, explique Freedom House, dans un rapport spécifiquement écrit sur l’Hexagone. L’ONG mentionne directement la loi controversée sur le renseignement adoptée en France par le Parlement en juin, citant en exemple l’installation désormais autorisée sur les réseaux d’outils d’analyse automatique des données, qualifiés de «boîtes noires» par ses détracteurs.Freedom House cite également «les restrictions imposées sur les contenus pouvant être perçus comme faisant ‘l’apologie du terrorisme’ et les poursuites engagées contre des internautes». Quelques jours après les attentats de janvier 2015, les condamnations pour apologie du terrorisme s’étaient succédé. La loi contre le terrorisme votée en novembre 2014 permet aussi des condamnations plus lourdes qu’auparavant (jusqu’à 7 ans de prison et 100.000 euros d’amende) et autorise la comparution immédiate.

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