Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finira par perdre les deux

En ces temps de choc et de deuil, renoncer à un peu de liberté pour un peu plus de sécurité apparaît comme un moindre mal aux yeux de nombreux citoyens. A conditions que ces outils soient efficaces. En réaction aux attentats de novembre, l’Etat va donner davantage de latitude aux services de renseignement, à la police et à la justice pour contrer le terrorisme, quitte à empiéter un peu plus sur le respect des droits et des libertés individuelles.
Faut-il renforcer encore l’arsenal législatif de lutte contre le terrorisme, quitte à rogner encore un peu plus sur les libertés individuelles ? Oui, répondent en cœur de nombreuses voix, de la majorité comme de l’opposition et de la société civile, depuis les attentats de novembre. Malheureusement elles tombent dans la facilité de décision.

Vers l’extension de la surveillance de masse

Lors son allocution exceptionnelle devant le Congrès réuni à Versailles, le président François Hollande avait tenté un véritable coup de pied dans la fourmilière législative. En plus d’une modification de la Constitution pour l’adapter à la crise sécuritaire actuelle, le chef de l’Etat a annoncé une nouvelle loi, qui sera présentée dès cette semaine au Parlement, « prolongeant l’état d’urgence pour trois mois » tout en l’adaptant « à l’évolution des technologies et des menaces ». Le président n’a pas précisé en quoi consisteraient ces nouveaux pouvoirs. Mais ils devraient faciliter la mise en œuvre des outils de surveillance prévus par la loi Renseignement de manière à moins s’encombrer des formalités administratives, pourtant peu contraignantes.
Le président voudrait donner à la police et à la justice l’accès aux mêmes outils dans le cadre de leurs enquêtes que ceux utilisés par les services de renseignement. Ce qui leur permettrait d’accéder aux données de connexions, à celles des boîtes noires algorithmiques qui espionnent l’activité sur Internet, aux micros, caméras, logiciels espions et fausses antennes-relais auxquels peuvent recourir les agents du renseignement. Des outils extrêmement invasifs et très critiqués car les finalités qui justifient leur utilisation sont très larges. Pour les défenseurs de la vie privée comme pour de nombreux experts du numérique, la loi Renseignement permet de fait une surveillance de masse qui va bien au-delà de la lutte antiterroriste. Et que François Hollande promet donc de renforcer.
Quand nous savons qu’une des principales raisons de ces attentats et le « laissez faire laissez allez » de nos grouvernants. Un laxisme institutionel et sociétal. J’ai personnellement beaucoup de mal à croire à ses paroles théatrales et à ses larmes de « crocodile ».

Quid de la surveillance ciblée ?

En ces temps de choc et de deuil, renoncer à un peu de liberté pour un peu plus de sécurité apparaît comme un moindre mal aux yeux de nombreux citoyens. A condition que ces outils soient efficaces. Or, certains terroristes des attaques de Paris étaient déjà connus des services de renseignement. Tout comme Mohamed Merah (l’auteur des tueries de Toulouse en 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo), ou encore le terroriste du Thalys en août dernier. Tous ces hommes faisaient l’objet d’une fiche S (pour « atteinte à la sûreté de l’Etat »), ce qui veut dire qu’ils sont censés faire l’objet d’une attention particulière.

Comme l’a souligné le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, la loi Renseignement n’est appliquée que depuis le 3 octobre, et certains décrets d’applications ne seront publiés qu’en décembre. Mais cette loi était censée légaliser des pratiques déjà existantes…

Pour de nombreux experts du terrorisme et du renseignement, le vrai enjeu n’est pas d’étendre le rayon de la surveillance, mais d’augmenter les moyens alloués à la surveillance ciblée pour rendre le renseignement plus efficace. Autrement dit, surveiller davantage, et mieux, les individus fichés (entre 5.000 et 11.000 selon les sources) dont certains rivalisent d’inventivité pour communiquer sans passer par les canaux classiques et qui réussissent à organiser des attentats au nez et à la barbe des grandes oreilles des Etats.

« Passer de 90% d’attentats évités à 99%« 

Dans un entretien au Point, Alain Bauer, expert du renseignement et criminologue, souligne que le vrai enjeu est le renforcement des effectifs pour la surveillance ciblée. « Nous disposons de tellement d’informations qu’on a du mal à les traiter et à les comprendre« , explique-t-il. Comme d’autres, il pense qu’une augmentation des effectifs, promise également par François Hollande, pourrait être essentielle pour « passer de 90% d’attentats évités à 99%« .

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finira par perdre les deux« , disait Benjamin Francklin. Aujourd’hui, l’enjeu est de placer le curseur au bon endroit pour lutter plus efficacement contre les vraies menaces, tout en protégeant les droits et les libertés de la quasi-totalité des citoyens, qui n’ont rien à voir avec le terrorisme. Les premières réponses tendent à montrer, encore une fois, qu’en temps de crise, la notion de protection des libertés passe au second plan.

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