Apple insiste : il ne peut pas y avoir de compromis sur le chiffrement

Aux États-Unis, l’insistance d’Apple à refuser tout compromis sur le chiffrement est une source d’inspiration pour les uns et d’agacement pour les autres. Malgré un large débat, les questions de fond restent sans réponse : Tim Cook peut-il vraiment maintenir cette position, et la lutte contre le terrorisme est-elle plus importante que les libertés fondamentales ?
Il n’a pas fallu plus qu’une interview de Tim Cook, PDG d’Apple, pour relancer les grands débats autour du chiffrement. Invité sur CBS dimanche, le grand patron a répété encore une fois qu’il n’était pas question pour lui d’arrêter le chiffrement intégral des iPhone, pas plus que d’autoriser la moindre porte dérobée dans le code. Cook estime que le respect de la vie privée est un droit fondamental, et que ce n’est pas le rôle d’Apple d’en empêcher l’accès.
 « Si vos iMessages sont chiffrés, nous n’y avons pas accès »
Malheureusement, et de manière renforcée depuis les premières révélations d’Edward Snowden, l’opposition entre sécurité et vie privée est très vive. Certains applaudissent cette ligne tracée dans le sable par Apple. Car la question qui revient immanquablement était une nouvelle fois posée : Apple protège-t-elle les criminels en ne faisant aucune concession sur le chiffrement ?
Pour Cook, il n’est pas question cependant de trop caricaturer le débat : « Je ne pense pas que le compromis ici soit d’opposer la vie privée à la sécurité nationale. Je pense que c’est une vision bien trop simpliste. Voici la situation. Sur votre iPhone, il y a probablement des informations liées à la santé, des informations financières. Il y a des conversations personnelles avec votre famille, vos collègues de travail. Il y a probablement des secrets professionnels, et vous devriez être en mesure de les protéger. Et la seule manière de le faire, c’est en chiffrant ».
Tim Cook indique : « Si le gouvernement nous présente un mandat en ordre aujourd’hui, alors nous lui donnerons les informations spécifiques demandées. Parce que la loi nous y oblige. Dans le cas des communications chiffrées, nous n’avons pas à le faire. Donc si vos iMessages sont chiffrés, nous n’y avons pas accès ».
Les iPhone sont hors de portée de la loi
Ces déclarations ont rapidement déclenché de vives réactions. Quelques heures seulement après son passage, le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, publiait un communiqué appelant le Congrès américain à légiférer rapidement sur la question : « Les iPhones sont désormais le premier produit dans l’histoire américaine à être hors de portée des mandats de perquisition. Le résultat est que les crimes ne sont pas résolus et que les victimes ne sont plus couvertes par la loi. Puisque Apple ne souhaite pas aider à résoudre ce problème, le temps est venu pour une solution nationale et législative ». Le passage récent d’Apple devant un tribunal pour argumenter sur ce point précis témoigne de cette intensification des réactions et des problématiques posées.
Pour le législateur, tout est question d’implémentation technique : « Bien qu’il puisse être vrai qu’Apple n’ait pas accès aux données chiffrées, c’est uniquement parce qu’elle l’a voulu ainsi. En tant que société, nous ne permettons pas aux opérateurs téléphoniques de concevoir leurs systèmes pour échapper aux recherches légales ordonnées par les tribunaux. Si nous appliquons des standards juridiques différents à des entreprises comme Apple, Google et Facebook, on peut s’attendre à les voir devenir les services de messagerie préférés des pédophiles, des trafiquants de drogue et des terroristes – ce que ni ces entreprises, ni les forces de l’ordre ne veulent ».
La pression s’accentue
Il y a en fait deux problèmes différentes pour les autorités avec le chiffrement. D’une part, le chiffrement intégral sur les appareils mobiles, et la manière dont il est réalisé, puisqu’Apple n’est pas en possession de la clé utilisée pour le faire. La situation est identique chez Google en cas d’activation du chiffrement intégral sur Android 5.0 ou version ultérieure. D’autre part, le chiffrement de bout en bout sur les communications, qui permet une application permanente aux données, à savoir de l’appareil émetteur au récepteur, ainsi que sur la liaison entre les deux.
Mais quoi qu’en dise Tim Cook, qu’il s’agisse des États-Unis, de la France ou du Royaume-Uni, les forces se rassemblent pour légiférer contre le chiffrement. La technicité des solutions envisagées a déjà fait débat, et le directeur du FBI souhaite en attendant que les entreprises concernées mettent fin au chiffrement de bout en bout, mais il semble clair que de nombreux organes législatifs travaillent sur des solutions.
L’impossible équation
Mais quelle pourrait être la solution autre qu’une porte dérobée ? Tim Cook ne veut pas en entendre parler et rejette encore une fois cette idée : « S’il y a moyen d’entrer, alors quelqu’un le trouvera. Il y a eu des gens pour suggérer que nous devrions avoir une porte dérobée. Mais la réalité est que si vous mettez en place une telle porte, alors elle est pour tout le monde, pour les gentils comme pour les méchants ». Manière de rappeler qu’une porte dérobée existe de manière permanente, et que si une clé existe, alors n’importe qui peut la trouver s’il sait où chercher et s’il y met assez de moyens.
En attendant que la situation évolue, toutes les entreprises américaines impliquées dans les communications ont fait parvenir au printemps dernier une lettre à Barack Obama lui demandant d’abandonner l’idée des portes dérobées. Pour ces sociétés, l’équation est simple et se mesure à l’aune du chiffre d’affaires : la sécurité est devenu un argument commercial parmi d’autres, et seul un discours acharné dans ce sens peut compenser la crise de confiance provoquée par les révélations d’Edward Snowden. 

Cependant, plus le discours se fait marqué, plus dure sera la chute en cas de législation pouvant faire s’écrouler tout l’édifice.

À suivre…

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